Ponctualité lycéenne
Dix heures. Je m'encourage, seule, à haute voix. "Il est tard, va peut-être falloir que je me lève". Ca ne marche guère. Mais je suis motivée, et je retente la motivation verbale. "Je ne peux pas."
Flash-back. Epoque lycéenne, je suis à l'internat, et dans notre petit chambre de cinq élèves, pas une de daigne se lever avant les autres. Il faut savoir, évidemment, que la pionne du dortoir a depuis bien des semaines abandonné l'idée que nous deviendront de grandes étudiantes, sérieuses et diplômées capable de nous lever à l'heure.
Sept heures quarante-cinq, heure lointaine de mes dix heures habituelles, sonne. Nous pouvons entendre gracieusement la sonnerie rouillée, un peu plus loin, annonçant l'heure de mettre les pieds sous la table de notre salle de classe. Je suis près de la fenêtre, la lueur du jour m'est égale : les rideaux sont fermés, consciencieusement fermés depuis la veille au soir.
J'entends râler. C'est la pionne. L'internat ferme ses portes, et nous sommes encore couchées. "Rendez vous chez la CPE", hurle-t-elle avant de claquer la porte bleutée, croyant que cela suffit à entrouvrir nos yeux.
Peu après, nous nous levons, souriant de notre bêtise. Fringuées comme des sans-abris, nous dévalons les escaliers, les trois étages, pour remplir notre estomac. Ne reste plus que nous et la montagne de céréales, un délice. T'avais quoi ce matin toi ? Anglais ?
Les cinq prisonnière se rendent à l'opposé de la grande cour de récréation où les plus soumis commencent leur cours de gym. Roro, comme nous l'appelons gentimment, ou pour plus d'intérêt, notre CPE, nous fait entrer dans son bureau. Il n'y a pas assez de chaises pour tout le monde.
- L'avenir appartient à celles que se lèvent tôt, rabaâche -t- elle
Le monde ne nous appartient pas, ça sera heure de colle le mercredi après midi. Comme d'hab'.
J'ai passé tous mes mercredis après midi à rédiger le pourquoi de mon sommeil agité sans que ça ne me serve de leçon. Aujourd'hui encore, je me lève trop tard.
Dessin raté de chez raté :